Le 22 avril 2007, puis le 06 mai 2007, les électeurs français ont choisi leur nouveau Président de la République Française. Nicolas Sarkozy, avec 31.18% des suffrages exprimés au 1er tour et 53.06% des suffrages exprimés au 2nd tour, a largement dominé les scores, mais cela est-il vraiment dû à un candidat idéal ?
Nicolas Sarkozy est un maître dans l'art de la communication et du marketing. Probablement très bien conseillé, il a fait preuve d'une aisance et d'une capacité de conviction bien au-dessus de ce que l'on a encore jamais eu l'occasion de voir en France... Le candidat sait parler, sait toucher la sensibilité de son auditoire sans que jamais on n'ose lui reprocher de "sonner faux". Peut-être est-ce dû au fait qu'il garde avant chaque discours une mine concentrée, sérieuse, qui inspire le respect et la gravité ? Même devant ses propres partisans, à la suite de sa victoire, il a attendu la fin de son discours pour laisser poursuivre les acclamations dont il était la cible : chaque chose en son temps, toujours, trop souvent pour que cela puisse ne pas être forcé... Aux dires mêmes de ses collaborateurs qui étaient à ses côtés lors de sa victoire, il n'a pas laissé exploser sa joie... Heureux, exalté ? Il l'était, à coup sûr, s'il a ne serait-ce qu'un soupçon de la sensibilité qu'il fait paraître avoir, alors pourquoi la brider ? Pour que ça se remarque, pour que l'on dise "On a vraiment bien fait de l'élire, il sent le poids de ses responsabilités dès son élection, quelle classe !". La "classe" : l'apparence, voici le problème... Un homme politique mise tout sur l'apparence, tout en faisant croire que cela n'en est pas, c'est la raison d'être même de leur vocation. Mais un homme qui est capable de brider, de ravaler un sentiment aussi bénéfique et naturel que la joie est un homme qui pourra masquer nombre d'autres sentiments, et par voie de fait sera capable de manipuler en masse, car le nombre n'est jamais synonyme de qualité d'intelligence... Emouvoir, toucher, flatter l'ego et enflammer la ferveur patriotique, voilà quelles ont été ses principales armes.
Je reviens quelques instants sur le fait qu'il n'a jamais été jugé surjouant ses émotions. Rappelez-vous, un certain mercredi 02 mai 2007, où un débat retransmis en direct sur les chaines nationales françaises, mais aussi suivi avec intérêt à l'étranger... Rappelez-vous le comportement et l'attitude de chacun... Peut-être n'avez-vous fait attention qu'aux idées, ou alors qu'à la manière dont tout cela était exprimé ? Personnellement, j'ai croisé les deux... Pourquoi, d'emblée, est-ce Ségolène Royal qui prend le dessus sur son adversaire, qu'on attendait trépignant et nerveux ? Parce que justement on attendait Nicolas Sarkozy comme tel... C'est parce que cette image aurait nuit à ses résultats qu'il s'est forcé de la changer ce soir-là... Quand on attendait qu'il s'énerve pour pouvoir lui taper dessus dans les sondages, il jouait la carte de la victime qui ne se met jamais en colère, qui répond toujours de manière posée, et qui esquisse seulement quelques pointes acides quand son adversaire en met double-couche. Quand Ségolène Royal s'est enflammée sur le sujet des handicapés, sur lequel Nicolas Sarkozy a su trouver des mots qui blesseraient son adversaire sans que le grand-public ne puisse le ressentir de la même manière, quand ensuite ce-dernier en profite pour faire remarquer à Ségolène Royal (et par là-même aux journalistes et surtout au grand-public) qu'il ne sert à rien de s'énerver, c'est toujours pour "prouver" que lui seul est digne et calme en toute situation... Ségolène Royal s'est enflammée car son adversaire traitait un dossier qui lui tenait à coeur de manière intentionnellement légère (rien n'est dû au hasard), et effectievement son passé, comme elle l'a rappelé, a toujours été orienté vers les handicapés, un peu comme un symbole, mais sa colère a été jugée "surjouée" par un grand nombre (lecture de beaucoup de commentaires à caractères politiques suite au débat)... Quelques instants plus tard venait la seconde phase du combat, Nicolas Sarkozy expliquait "Quand j'étais jeune, la France m'a tout donné. Aujourd'hui, j'ai envie de lui rendre" : magnifique phrase ! Et dite avec quelle émotion, on en pleurerait... mais personne n'a trouvé cela "surjoué", probablement car Nicolas Sarkozy est meilleur acteur que Ségolène Royal... Petite note : avez-vous suivi son dicours Place de la Concorde à Paris, au soir de sa victoire du 06 mai 2007 ? Il a réutilisé la même phrase... Soit il s'est impressionné lui-même pendant le débat (rien n'est laissé au hasard, alors ce doit être un coup de chance énorme) et a voulu réutiliser l'expression, soit il l'a préparée depuis déjà des semaines et tous ses discours étaient déjà tracés, avec les phrases principales, ce qui enlève énormément à l'émotion de l'expression... Par ailleurs, repensez à la phrase "Chers amis, je vous demande d'être généreux, d'être tolérant, d'être fraternels. Je vous demande de tendre la main..." : toujours à la Concorde, il n'a cessé de flatter les émotions, encore et encore...
Nicolas Sarkozy a, comme tout candidat, un programme. Charge aux candidats d'ensuite le "vendre" aux électeurs, afin de récolter un maximum de voix pour le(s) scrutin(s)... Je reviens sur le programme de Nicolas Sarkozy distribué sous forme de feuillet et reçu par chaque inscrit sur les listes dans une enveloppes "spécial élection", puisque c'est sur ce feuillet que les français ont eu accès à l'essentiel du programme de chaque candidat et ont (théoriquement) choisi le leur : je dis bien théoriquement, car d'après ce qu'on a déjà vu et comme on le verra, on ne sait finalement pas trop si les français ont choisi un programme ou un candidat...
Première chose marquante : le maketing est omniprésent ! Comparé à celui de ségolène Royal, qui tranche en rouge et blanc avec sa photo en noir et blanc (sic), celui de Nicolas Sarkozy est tout en beauté et tout en couleurs qui sont douces et agréables au regard : bleu et vert, en plus de rappeler l'écologie, la nature, bref représentant à la fois le calme, la paix et un des enjeux politiques actuels, se marient aussi très bien, puisque ces deux couleurs sont finalement assez proches, et lorsque Nicolas Sarkozy, en costume sombre, mais inspirant le calme, le sérieux, bref un candidat idéal, apparaît à nos yeux, ce n'est pas pour les choquer mais pour les flatter. Bonne apparence, bonne première impression : c'est bien parti ! Ensuite vient l'intérieur du programme. En feuilletant rapidement, on se rend compte que le programme est long, mais il est séparé en parties clairement séparables au premier coup d'oeil, sectionnant la lecture de manière agréable, afin de ne pas lasser le lecteur : un programme long n'est donc pas forcément toujours repoussant... Puis ensuite vient les idées... La présentation de chaque point est empreinte d'émotion, de sensibilité, de ferveur, on y croit, on veut y croire ! Mais passons ce premier bilan... Les idées maintenant. Je ne m'étalerai pas dessus, d'autres se sont chargés de les recenser, et elles sont nombreuses et ratissent large (Tous les programmes complets des ex-candidats à la Présidentielle 2007 : Comparer le programme des candidats). Je m'arrêterai sur un point qui m'a choqué dès mon premier survol : toujours dans le feuillet, pas un seul mot sur la politique étrangère, faisant pourtant partie du domaine réservé de la Présidence de la Vème République (inclus dans la notion de "diplomatie") avec la direction des Armées (incluant la contrôle de l'arme nucléaire)... Peut-être sa position pro-états-unienne lui aurait fait coûter de nombreux (et très cher) points... Il aura fallu attendre son discours post-électoral pour en entendre reparler : le danger est passé... Certes, sa position vis-à-vis de Washington n'est pas forcément mauvaise en théorie, mais l'idée d'un rapprochement de ce type à de quoi faire peur, et c'est cette peur qu'il a tenté (et réussi avec brio !) d'effacer avant le 2nd tour... Le pire, c'est que pendant la soirée électorale qui s'est poursuivie jusqu'à tard dans la nuit sur la chaîne nationale n°2 (00h30 environ), un certain Jean-François Coppé (l'homme qui, à défaut de langue de bois, est toujours anonyme dans la forêt politique) a osé déclarer tout net (sans que cela ne dérange personne, pas même les représentants du PS et les "jeunes" UMP présents) : "Son programme a été extrêmement clair : il a tout dit !"
En somme, à l'image de son programme, son discours est modulable en fonction des tendances et des préférences des français. Reste quelques points qui m'alertent particulièrement :
Reprenons maintenant les trois mots : Travail, Famille, Patrie ! Voilà qui est édifiant... J'espère avoir tort en faisant ce rapprochement, mais seul l'avenir nous le dira...
On a tantôt dit Nicolas Sarkozy nerveux, on l'a présenté mégalomane, assoiffé de pouvoir. Sans aller dans ces extrêmes, il est clair, comme il l'a prouvé durant son ministère à l'Intérieur, qu'il est capable d'être violent et sans mesure dans ses propos, et cela, c'est extrêmement grave pour un homme politique... Certes, cela était probablement prévu, planifié, voire pire, voulu, mais il n'en reste pas moins que l'agitation qu'il a créé au sein des "banlieues" n'avait jamais eu de précédent... Ah, l'insécurité ! Que ferait Nicolas Sarkozy sans elle ? Si vous vous posez la question, il y a un problème... La réponse est "pas grand chose". En effet, c'est cette insécurité qu'il a décidé de combattre durant son ministère, et c'est celle-ci qui l'a fait revenir à l'Intérieur, tout en le propulsant bien sûr dans sa campagne... L'agitation de quelques jours/semaines s'est comme par miracle transformée en malheur de tous les instants, tous les jours de l'année... Mais en soi, la situation est-elle véritablement pire qu'avant ? La question se pose et doit être posée, enfin il est de toutes façons trop tard, la peur a porté ses fruits : la présidence est au rendez-vous pour Nicolas Sarkozy ! On a reproché d'autre part au candidat d'être proche de l'extrême-droite : au dire de J.M. La Pen, il ne semble pas que ce soit le cas... La tendance inverse reproche à Nicolas Sarkozy d'avoir "emprunté" les idées du Front National... L'insécurité a fait sont chemin, les conseillers politiques de Nicolas Sarkozy le leur, et finalement personne ne peut prétendre à être "volé"... sauf peut-être quand on a du mal à accepter une énième défaite et qu'on est globalement mauvais perdant, je précise ma pensée en parlant de J.M. Le Pen... Il est toutefois notable que les quelques similitudes entre les programmes de Sarkozy et de Le Pen ont entraîné une large partie des électeurs français qui, comme en 2002, auraient voté Le Pen, vers Sarkozy... De là à voir un Le Pen "light" en Sarkozy, il y a un pas que je ne franchirai pas. Cette fois-ci, l'insécurité a joué en la faveur de son incubateur... Il faut toutefois noter les quelques mots entendus, toujours durant la même soirée électorale, sur la même chaine, par Ramatoulaye Yadé, Secrétaire Nationale à la Francophie au sein du parti UMP, proche de Nicolas Sarkozy et à son propos : "Je crois qu'il faut arrêter de le diaboliser. La démocratie s'est exprimée, les votes ont parlé : s'il a été élu, c'est que ce n'est pas un monstre"... ou comment faire passer la majorité comme une preuve de non-nocivité du candidat UMP... Ce qu'il faut garder à l'esprit, c'est que durant une campagne électorale, les candidats ont pour but de se "vendre", d'où l'utilisation du marketing... Rien ne prouve qu'il n'y a pas "anguille sous roche", nous aurons 5 ans pour le découvrir, à défaut de pressentir quelque chose...
Quelle audace ! Le peu de modestie que je pense avoir semble énorme à côté de cette phrase de Nicolas Sarkozy, et comme cela ne semble le gêner en rien, porté par la ferveur populaire de ses électeurs, il la replace autant qu'il le peut dans ses discours... Quel engagement ! Tout son programme devra être suivi dans les temps pour que sa parole ait de la valeur... Et si cette parole n'est pas respectée, plus aucune confiance ne pourra moralement lui être accordée : l'homme n'est pas infaillible, Nicolas Sarkozy le sait, mais fait malgrès tout des promesses les plus énormes : c'est en cela que le simple non-respect d'une de ces trois affirmations me fera le juger définitivement comme aussi peu digne de confiance que n'importe quel homme politique.
J'espère que les français et plus particulièrement ses électeurs sauront garder les yeux ouverts et sauront rester attentifs à tous les instants, pour veiller à ce que celui qui est devenu le Président de la République Française stoppe les bonnes paroles à outrance et fasse de ces paroles des actions accomplies, pour "servir la France" tel qu'il le déclare lui-même.
Voici quelques liens particulièrement intéressants :